lundi 17 février 2014

Coup de main raté du 27e BCA - 30 janvier 1940


Au soir du 30 Janvier, nous recevons ordre d'envoyer une patrouille reconnaître le château de Blumenstein.
Blumenstein est un vieux Burg féodal situé au-delà de la frontière Franco-Allemande. Ce château en ruines contiendrait, d'après l'E. M. un important dépôt de matériel.
Une patrouille toute composée de volontaires est rapidement désignée. Le départ est fixé à six heures du matin. Le sous lieutenant ROERICH, commandant du G.F. aidé de ses deux chefs de groupe, les sergents DORLIN et DESBOIRES, met au point les derniers préparatifs de l'expédition. Les dix-sept hommes, composant l'effectif de la patrouille seront tous bien équipés. Ils porteront la tenue D. L. M., bottes en caoutchouc, cagoules blanches, armement individuel. Le G. F. perçoit en outre un supplément de deux F. M.
Photo des ruines du château
Après une nuit troublée d'un sommeil agité, tout le monde est prêt à l'heure du rassemblement. Notre Lieutenant passe une dernière inspection, s'enquiert si tous sont munis de leur paquet de pansement, ce qui a pour effet de jeter un certain froid parmi les groupes. Mis face à la réalité, nous faisons confiance à notre chef, et, derrière lui, nous nous enfonçons dans la nuit froide.

Au départ, nous marchons vite, il s'agit de se réchauffer.
Bientôt, nous atteignons le Maimont dernier P. A. français. Après échange du mot de passe, nous pénétrons dans la redoute. Un café absorbé sur le pouce nous ranime, et nous repartons ragaillardis et encouragés par les gars restés au P. A. Eux aussi par leur vigilance participeront à l'action. Maintenant, notre allure est plus lente, nous sommes dans le No mans land et l'ennemi est là, tout près. Nous faufilant à travers bois, nous progressons en direction de Blumenstein. II fait noir, et, la neige tombant à gros flocons, vient gêner notre avance. Soudain, voici les premiers barbelés. Rapidement et sans bruits, le premier groupe s'installe en protection, le deuxième groupe, activement, pratique une brèche. Quelques instants après, tout le G. F. a franchi l'obstacle sans incident. A peine quelques minutes de marche et brusquement apparaissent devant nous les ruines de Blumenstein, masse sombre et silencieuse dans la brume du matin. A mi-voix, les rôles sont distribués : le premier groupe reconnaîtra, le deuxième restera en protection. Longuement, le château et ses environs sont fouillés à la jumelle, les ruines paraissent abandonnées.

Quatre éclaireurs progressent et vont se poster dans un fossé à l'entrée du château. Tout se passe bien. A son tour le premier groupe avance et s'infiltre dans le burg. Bientôt tout le château est fouillé. Aucun ennemi n'est signalé. Dans un souterrain un bloc de barbelés est découvert et immédiatement piégé par nous avec des grenades F1. Ce travail accompli, le groupe revient sur ses pas et rejoint ses camarades qui ont fait bonne garde. La mission est terminée. RAS ! et en route pour le retour. 
Avec les mêmes précautions il faut éviter de signaler notre passage à l'ennemi ou de tomber dans une embucade nous prenons la direction du P. A. 29, poste allemand évacué le jour. Nous traversons un champ de mines et abordons à nouveau le réseau de barbelés. Le premier groupe se met immédiatement au travail et les cisailles entrent en action. L'homme de tête vient de signaler un fil lisse entortillé dans le réseau : nous nous arrêtons . . . attention: danger! les mines sont là ! La brèche et la progression continuent avec redoublement de précautions. D'autres barbelés sont franchis, d'autres mines sont découvertes. Enfin la brèche est ouverte et le G. F. passe. Le deuxième groupe entreprend de nous suivre lorsque, brutalement, trois explosions déchirent le silence du matin. Le tireur de mon groupe croyant à une attaque, lâche plusieurs rafales. Mais nous sommes vite fixés traîtreusement, les mines viennent de faire leur travail. Au milieu des barbelés, quatre hommes gisent dans la neige; quatre hommes que nous reconnaissons pour être notre lieutenant, nos deux chefs de groupe, et notre camarade G . . . Nous nous portons à leur secours. Mais, déjà, à droite et à gauche retentissent de nouvelles déflagrations suivies de cris et de gémissements. Cette fois, c'était notre groupe qui était atteint. Six nouveaux corps sont allongés et maculent de leur sang la blancheur de la neige. On entend une voix appeler: "Maman! . . . Maman . . .! A moi! Reste seul gradé valide du G.F., j'organise les secours. Ne pouvant transporter à nous seuls les corps des morts et des blessés j'envoie un homme prévenir le PA de Maimont. Ce dernier tombera évanoui en arrivant . 
Pendant ce temps, nous mettons nos blessés à l'abri et veillons les morts. L'attente est longue. Mais bientôt des bruits nous parviennent, nous retenons notre souffle ... est-ce l'ennemi ou enfin le secours? Aussi quel soulagement en voyant déboucher le Lieutenant JOY toubib du Bataillon à la tête de ses brancardiers. Les premiers soins sont aussitôt donnés, puis, blessés et cadavres sont placés sur les brancards. Enfin, sous la protection des survivants la colonne se met en route en direction du P. A. . . . La, des traîneaux nous attendent.
Tristes et silencieux; nous regagnons le petit village d'Obersteinbach ce sera ici, dans ce petit hameau de la terre d'Alsace, sur le sol de France que nos camarades dormiront en paix de leur dernier sommeil. Cinq morts et cinq blessés; voila quel fut le bilan tragique de cette patrouille. Ce soir, comme tant d'autres soirs, le communiqué du G. Q. G. dira : "Activité réduite de patrouilles aux avants poste R. A. S."


27° B. C. A., ancien du Groupe Franc.
Sergent JACQUEMIN


Source : Gentiane n° 32 page 12

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